Les mesures de politique familiale quannonce aujourdhui le Ministre de la famille sont globalement inquiétantes pour les droits des femmes et légalité entre les sexes. Nous dénonçons une incitation à la natalité, et surtout au retour au foyer pour un plus grand nombre de femmes, en particulier les plus précaires. La prime à la naissance ? Certes, le Collectif national pour les droits des femmes a toujours demandé que chaque enfant, y compris le premier, donne droit à la même allocation, ainsi que laugmentation de cette allocation qui devrait suivre lenfant tant quil est dépendant de la famille. Mais nous en sommes loin. Même sous le nom prestation daccueil du jeune enfant , une partie de ce PAJE, les 800 euros servis pendant la grossesse, constitue une prime à la naissance. Quand on sait que lâge moyen de la première naissance recule, cest bien un encouragement à faire un enfant sans attendre.

Ce cadeau ne fait en réalité quétendre aux classes moyennes lallocation pour le jeune enfant (APJE) que seuls percevaient les ménages modestes, dont les revenus nexcédaient pas 1907 ¤ par mois. Le nouveau plafond de revenus serait de 4100 ¤ (27400F par mois !). Cette prime accordée à de larges classes moyennes constitue une fameuse addition La politique nataliste revient cher, cest connu.

Le congé parental dès le premier enfant ? Voici une mesure encore plus claire. En période de croissance du chômage, les gouvernements sont tentés dinciter les femmes à cesser de travailler. Dabord instituée à partir du 3è enfant, lAllocation parentale déducation (salaire maternel au rabais pour une durée de 3 ans) ne concernait alors pas grand monde, mais, étendue en 1994 au 2è enfant, elle a provoqué un accroissement important du nombre de femmes se retirant du marché du travail : 540 000 femmes la prenaient fin 98. À part quelques fonctionnaires, assurées de retrouver un poste (à défaut du même poste), lAPE a surtout tenté les femmes précarisées, aux franges du monde du travail, ayant des temps partiels mal rémunérés. Presque la moitié dentre elles ne retrouvent pas de travail, ou nen cherchent plus, après ces 3 ans dinterruption. Étendre ce salaire maternel à la première naissance incitera encore moins lemployeur à embaucher une jeune femme. Et la précarité galopante laisse présager un recul de lemploi des femmes, dautant plus que lidéologie de la femme au foyer sest insidieusement développée ces dernières années. Espérons que les jeunes femmes ne se laisseront pas tenter, car majoritairement elles tiennent à leur travail et la présence dun seul enfant leur pose moins de problèmes.

Cette allocation pour le premier enfant ne serait servie que pendant six mois après le congé maternité, mais elle est bien différente de lexigence que nous portons : un congé de 6 mois, certes, mais avec maintien du salaire à 80% et assurance de retrouver son emploi, congé que nous voulons parental , avec une partie un mois minimum ne pouvant être prise que par le père. Plus généralement, nous pensons que les hommes sont aussi concernés que les femmes en ce qui concerne la prise en charge de leurs enfants, alors que ces mesures sont dirigées principalement vers les mères. La politique familiale doit mettre au rang de ses préoccupations légalité en ce qui concerne les responsabilités des deux parents dans la famille et leur place dans lemploi. Cette mesure ny contribue pas ! . Le terme de parental est une tromperie : même pas 1% dhommes troquent leur salaire plus important que celui des femmes (idéologiquement et numériquement) contre cette maigre allocation.

Laccueil de la petite enfance ? Simplifier le système des prestations en instituant une seule allocation, cest de la poudre aux yeux : comme celle-ci sera modulable selon de nombreux critères, la simplification nest pas évidente ! Par contre, nous approuvons une augmentation de cette prestation aux familles ayant recours à des assistantes maternelles agréées qui restent actuellement trop chères pour les revenus modestes. De même, on peut se féliciter de la promesse dassurer un meilleur statut à ces travailleuses, qui devraient aussi bénéficier de davantage de formation. Ces mesures ne suffiront pas à résoudre la pénurie dassistantes maternelles : tant que leur travail ne sera pas valorisé, mieux rémunéré, mis au rang des vrais professions, il ne faut pas sattendre à ce quelle cesse. Cependant, alors que largent part de tous les côtés, nous pensons que la priorité des priorités demeure la crèche collective qui a été la parente pauvre depuis des décennies. Aujourdhui la pénurie est grave, alors que les parents plebiscitent ce mode de garde : seuls 8 % des enfants de moins de 3 ans ont accès à une crèche collective. Le gouvernement promet la création de 20 000 nouvelles places Nous craignons fort que cette promesse, notoirement insuffisante, ne soit pas même honorée, vu les sommes affectées à la garde individuelle, et vu la pénurie de personnel formé. Le gouvernement dévoile ses batteries : il entend désormais subventionner des crèches privées. Jusquici nous connaissions un certain développement de crèches associatives, à but non lucratif, des parents sorganisant pour gérer la pénurie. Aujourdhui la droite veut ouvrir laccueil de la petite enfance au secteur privé, en subventionnant des crèches à but lucratif, libres donc détablir leur barème, à linstar de qui se passe pour lécole privée ! Le Collectif national pour les droits des femmes rappelle son exigence de création massive de crèches publiques, de qualité, et, là où cest possible, voire de Maisons de la petite enfance réunissant les différents modes de garde, en vue dinstituer progressivement un véritable système daccueil de la petite enfance, accessible à tous, gratuit comme la maternelle.

Collectif National pour les Droits des Femmes 21 ter rue Voltaire, 75 011 Paris Tél / fax : 01 43 56 36 48 E-Mail : <Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.>



 

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